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Malédictions

Le sorcier de Braham


« Je lis dans l’avenir et je vois la malédiction s’abattre sur la race de mes oppresseurs. Peu de générations passeront avant que l’ancienne lignée des Seaforth ne sombre dans l’extinction et le malheur. Je vois un chef, le dernier de la famille, sourd et muet. Il engendrera quatre beaux garçons, qui tous le précéderont dans la tombe. Il vivra rongé de soucis et mourra dans le deuil, sachant la gloire de ses ancêtres à jamais éteinte, nul autre chef des Seaforth ne règnera sur Braham ou sur Kintail. Après avoir pleuré le dernier et le plus prometteur de ses fils, il descendra à son tour au tombeau. Une jeune femme à coiffe blanche, venue de l’Orient, héritera du reste de ses domaines, et elle tuera sa soeur. En signe avant-coureurs de ces évènements, à l’époque du dernier chef sourd-muet des Seaforth, vivront quatre châtelains – Gairloch, Chisholm, Grant et Rassay – dont l’un aura des dents de lapin, l’autre, un bec de lièvre, le troisième, un cerveau fêlé, et le dernier un bégaiement. Les chefs marqués par ces signes particuliers seront les voisins et alliés du dernier des Seaforth : quand il les reconnaîtra, il saura que ces fils vont mourir, que ses vastes domaines passeront en des mains étrangères et que sa lignée s’éteindra pour toujours. »
Telle est la malédiction lancée par Coinneach Odhar, dit le sorcier de Braham en Ecosse en 1663. Il voyait l’avenir au travers d’un trou dans une pierre blanche, et ses prophéties furent souvent vérifiées. Le comte de Seaforth se rendit un beau jour à Paris, laissant sa femme disgracieuse au château. Lasse de ne pas le voir revenir, elle fit venir le mage et sa pierre. Celui-ci rigola de sa vision et dit rien. Préssé et menacé par la châtelaine, il finit par révéler qu’il voyait son mari avec une femme sur les genoux et une autre qui le caressait. Folle de rage Isabelle de Seaforth fut brûler vif le sorcier. XIXe siècle. C’est à ce moment qu’il asséna sa prédiction. En 1668, ils soutinrent le roi catholique Jacques II qui s’enfuit en France, et, en 1715, son fils Jacques Stuart, dit le prétendant – ce qui leur valut d’être déchus de leurs biens et de leur titre. Ils retrouvèrent les faveurs royales au milieu du XIXe siècle.
Après tant d’années, on avait presque oublié la malédiction des Seaforth. Le nouveau lord avait quatre fils et six filles, et, bien qu’il fût, enfant, sourd et muet à la suite d’une fièvre scarlatine (il avait recouvré la parole par la suite), il semblait improbable que la lignée des Seaforth vint à s’éteindre. Et ce n’était peut-être qu’une sinistre coïncidence si son voisin Mackenzie de Gairloch avait des dents de lapin, si Chisholm de Chisholm avait un bec-de-lièvre, Grant de Grant, le cerveau fêlé et Macleod de Rassey, un bégaiement incurable.
Mais l’un des fils de Seaforth mourut, puis un autre, puis un troisième. La santé du
quatrième donnant des inquiétudes, son père l’envoya se faire soigner en Angleterre. En dépit de tout, ce quatrième et dernier fils mourut également.
Comme l’avait prédit le sorcier du Glen, le père survécut à ses fils et, à sa mort en 1815, le titre s’éteignit avec lui. La première partie de la prophétie s’est réalisée. Sa fille Mary Elizabeth Frederica hérita du domaine. Elle avait épousé l’amiral comte Samuel Hood, qui avait combattu à la bataille du Nil et promu commandant en chef des Indes Orientales.

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